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Aujourd'hui, le 6 juin 2024 - Et les troupes françaises débarquèrent en Normandie.
L’Histoire est faite de grandes dates, de grands jours, parfois glorieux, parfois terribles souvent les deux à la fois. Le XXe siècle n’ayant rien d’exceptionnel de ce côté-là, il fut marqué par les guerres pendant sa première moitié, la Première Guerre mondiale entraîna le monde dans le tumulte de L’Histoire et comme souvent les événements se répètent, vingt ans après l’armistice du 11 novembre 1918, le monde et la France furent contraints de repartir en guerre contre le même ennemi, l’Allemagne. La culture populaire trouvant sa matière dans la presse, la littérature ou le cinéma, nous sommes imprégnés de quelques moments clefs, marqueurs de leur temps, passeurs de mémoire qui font à présent partie de la mémoire collective. Comment en ce jour de 80e anniversaire, ne pas évoquer bien sûr ce qui se passa en Normandie au petit matin vers 6h30 alors qu’une mauvaise mer rend difficile l’approche des barges chargées d’hommes qui eux-mêmes auront bien du mal à débarquer puis à progresser sur les plages sous le feu de l’ennemi. Parmi ses hommes, ne l’oublions, des français qui vont participer brillamment à la désormais immortelle opération Overlord.

Le commando Kieffer en marche en juin 44.
Les premières manœuvres avaient commencé dans la nuit du 5, déjà peu après minuit des parachutistes anglais sautent près de Caen pour s’emparer de deux ponts stratégiques à Bénouville et à Ranville. A 4h du matin, d’autres parachutistes sont lâchés sur la Normandie et commençaient le travail de libération du pays, peu après 4h, la célèbre Sainte-Mère-Eglise deviendra la première ville libérée, ville tellement visitée aujourd’hui pour ces jours glorieux et terribles. Mais revenons sur les plages du littoral normand pour suivre la garnison qui nous intéresse, celle des français qui participent au débarquement. Une poignée d’hommes, de braves, de patriotes près à mourir pour le pays, ils ne sont que 177 militaires, mais ils vont œuvrer à la conquête de la Normandie et à la libération du pays, il s’agit du 1er bataillon de Fusiliers Marins Commandos, connu aujourd’hui sous le nom de Commando Kieffer. Philippe Kieffer est capitaine de corvette et comme ses hommes, il fait partie d’un commando britannique, ils se sont d’ailleurs entraînés en Grande-Bretagne pour préparer cette opération.

Sur la plage de Swordbeach.
A 7h32, le matin du 6 juin 44, ils débarquent sur la plage de Colleville-sur-Orne, surnommée Swordbeach dans son nom de code américain. Le commando français est le premier sur cette plage, bien sûr il y a des pertes et autant de familles endeuillées, dix hommes meurent dès le premier jour, beaucoup d’autres suivront. Le commando s’empare ensuite du célèbre Pegasus Bridge à Bénouville et du casino de la ville. La scène a été rendue célèbre par le film Le Jour le plus long. Le soir du 6 juin, de nombreux hommes auront été tués ou blessés, Kieffer lui-même aura été touché deux fois dans la journée et il sera évacué, pourtant le commando poursuivra sa route et sa lutte pour la défense de la mère patrie. Jusqu’au 27 août, le commando participera à l’offensive puis il sera rapatrié en Angleterre pour un repos bien mérité et surtout pour être complété après les pertes subies pendant le débarquement. Philippe Kiefer mourra en 1962 et ce fut cette même année qu’il fut conseiller sur le tournage du film Le Jour le plus long pour approuver la reconstitution de certaines scènes.

Quelques hommes du commando Kieffer. Philippe Kieffer au milieu du premier rang.
La suite est connue, rien n’arrêtera l’avancée des alliés et le général de Gaulle rappelle à Eisenhower qu’il était convenu de laisser les troupes françaises libérer Paris. Le général Leclerc prendra la décision de mettre ses hommes en marche. La seconde division blindée du général entrera donc en premier dans la capitale déjà en partie libérée par les résistants, symbole fort et stratégique à donner au peuple pour la libération de Paris en août 1944, soit un peu plus de deux mois après le débarquement. Ce 80e anniversaire du débarquement est une belle occasion de se souvenir de cette sombre période d’occupation par un peuple ennemi qui voulait s’emparer de notre patrie, c’est donc aussi l’occasion de rappeler l’engagement des français dans cette offensive et de saluer le courage, la détermination et le sens du sacrifice qui animaient chacun d’eux. Les pertes furent lourdes, le bilan humain et matériel terrible, mais la France était libérée, elle resterait grande et belle, elle resterait la vraie France et goûterait à nouveau peu à peu à sa culture, à ses particularismes et à sa douceur de vivre. La résilience d’un peuple, d’une nation ne se juge qu’à l’aune des menaces qui planent sur elle, des épreuves qu’elle doit surmonter pour demeurer. Pour déterminer l’avenir, pour conserver ce qui a été chèrement acquis, rien n’est jamais joué, tout est toujours possible avec de l’engagement, du courage et de la détermination.

Philippe Kieffer en marche avec ses hommes.