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Aujourd’hui, le 11 janvier 2024 – Franchir le Rubicon



Le 11 janvier 49 av. J.-C. dirait-il encore quelque chose à tous ceux qui ne seraient pas spécialistes de la Rome antique ? Franchir le Rubicon est devenu une expression consacrée quand nous avons dépassé une certaine limite et qu’il est désormais trop tard pour faire marche-arrière. L’expression est connue, son origine ne l’est pas toujours et pourtant…quelle perte de ne pas savoir ce qui est à l’origine de la célèbre phrase, moment essentiel de l’Histoire antique et qui n’est pas sans conséquence avec le développement de la civilisation occidentale.

Certaines décisions engagent celui qui les prend, mais elles engagent parfois tout un peuple et dessinent l’esquisse de grands mouvements à venir. Quand le 11 janvier de l’an 49 avant Jésus Christ, un homme prit la décision de franchir le fleuve Rubicon, cours d’eau servant de frontière naturelle entre la Gaule cisalpine (pour simplifier l’extrême nord de l’Italie) et le reste de l’Italie romaine plus au sud, il entraîna avec lui le destin d’un peuple et conditionna l’avenir d’une civilisation qui allait devenir un empire qui fondera les bases de l'Occident. Jules César était alors un grand général, il venait de vaincre les Gaules, on se souvient tous de sa victoire à Alésia sur le courageux Vercingétorix, il était aussi un fin stratège politique porté par une grande ambition. Il est alors proconsul, c'est-à-dire gouverneur de Gaule après avoir également voyagé en Grande-Bretagne et également au-delà du Rhin pour mater les peuples rebelles à la République Romaine. C’est un homme sûr de lui et qui sait qu’il a un coup de maître à jouer. Auréolé de ses victoires, ses légions lui sont fidèles et il possède une aura certaine sur le peuple romain. En revanche, il a des ennemis farouches, des sénateurs bien sûr qui voit en lui une menace pour la République, mais également un autre personnage important de l’histoire, un général ambitieux, Pompée.

Le Sénat romain et Pompée ont le même objectif, se débarrasser de ce général trop gênant, trop ambitieux et trop populaire. Le Sénat vote alors un texte déclarant César et ses troupes ennemis de la République, autant dire qu’il s’agissait là d’une véritable déclaration de guerre, un affront que le grand César ne pouvait accepter. César connaissait ses forces, il savait également qu’il jouissait d’une belle popularité, ses troupes étaient aguerries et fidèles, il pouvait compter sur ses légionnaires, peut-être au nombre de 50 000, sans compter les auxiliaires. On parle de 100 000 soldats pour la conquête de la Gaule. Le choix est simple, soit il décide de se lancer dans une guerre contre Pompée et le Sénat, soit il disparait, humilié et délégitimé, n’imaginant plus que le suicide pour partir avec honneur. A croire que le grand César n’était pas l’homme fort, intelligent et courageux que l'on connait pour rien, le suicide n’était pas pour lui, il trouvait sa motivation dans la conquête et le défi.

 

 

                                                    

 

 


La nuit du 10 au 11 janvier, la décision fut prise, il n’était pas question d’être humilié, de se retirer ou de se suicider, l’Histoire attendait le grand homme et c’est sur Rome qu’il fallait marcher pour écrire une page historique, affronter le Sénat et son pire ennemi du moment, Pompée. On prête à César cette autre phrase célèbre qu’il lança en franchissant le Rubicon, Alea jacta est, le sort en est jeté. En avant pour l’honneur et la conquête. Une formule lancée en latin pour la postérité, mais peut-être prononcée en grec ancien, langue dans laquelle l’exprimait également Jules César. Toujours est-il qu’il marcha sur Rome, vit ses ennemis prendre la fuite sans presque aucune résistance, le Sénat et Pompée fuirent pour la Grèce et César s’empara du pouvoir à Rome. Quelques années plus tard, en 44 avant Jésus Christ, nous connaissons son destin tragique, le complot fomenté par le Sénat et par certains de ses proches, son assassinat qui restera l’un des moments forts de l’Histoire de l’humanité. Mais César avait franchi le Rubicon quelques années auparavant, il avait ainsi scellé sa destinée.



Conseil de lecture:

-La Guerre des Gaules, Jules César
-César, le dictateur démocrate, Luciano Canfora, Flammarion, 2001