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Aujourd'hui, le 24 mai 2021 - Fred et Ginger in love

 

Les arts, lorsqu’ils nous plaisent, ils enchantent nos sens et subliment notre vision du monde pour un instant ou pour le reste de notre vie. Chacun aura sa préférence, la littérature, la musique, la peinture ou la danse, le choix ne manque pas pour trouver celui qui aura notre faveur, même s’il n’est nullement interdit de les apprécier tous. Je le reconnais, je ne suis pas un très grand amateur de danse, sans doute l’obsession et la focalisation de notre temps sur la danse contemporaine n’y est pas pour rien, toujours est-il que je suis un peu hermétique aux sensations induites par cet art. Rien n’étant jamais totalement définitif, il y a bien sûr des exceptions, j’apprécie et m’enthousiasme pour certains styles de danse, certains numéros, certaines prouesses qui relèvent du grand art. Puisque je visite et revisite le cinéma des années 30 depuis déjà quelques semaines, j’y ai trouvé l’occasion de redécouvrir un duo mythique. Cela fait bien trop longtemps que je ne m’étais pas plongé dans leur œuvre, j’ai déjà tout vu, j’ai déjà tout apprécié, mais j’avais oublié à quel point ils étaient extraordinaires, à quel point ils étaient doués, à quel point leurs numéros relèvent de la grande performance capable de lier la musique, le chant, la danse pour nous livrer des scènes d’anthologie trop peu connues aujourd’hui à part des cercles de spécialistes. Aujourd’hui, projecteurs allumés, caméras prêtes, le moteur tourne et sur le plateau, Ginger et Fred offrent à la postérité des instants mémorables, ils éblouissent de grâce et de prestance.

 

 

Fred et Ginger toujours réunis par la danse et l'amour.

 

 

J’ai revu Swing Time (Sur les ailes de la danse en français), film de 1936 réalisé par George Stevens, le réalisateur d’Une place au soleil, de L’homme des vallées perdues ou encore de Géant, j’avais oublié Swing Time, j’avais oublié combien les numéros de danse de Fred Astaire et les duos qu’ils nous livrent avec Ginger Rogers étaient vraiment jolis. Bien sûr, le film a les défauts d’un scénario mince et très convenu, ce n’est qu’une petite comédie sentimentale qui se laisse malgré tout regarder avec plaisir, mais l’enjeu n’est pas là, la raison d’être du film est de permettre à Fred Astaire de laisser de grands numéros de danse et de former avec Ginger le couple d’acteurs-danseurs mythiques qu’il fut et qu’il reste pour l’Histoire du cinéma et de l’art. Les chansons qui ponctuent le film sont très réussies, elles sont signées Jerome Kern pour la musique et Dorothy Fiels pour les paroles, des habitués de la comédie musicale américaine. Je trouve qu’elles arrivent toujours à bon escient, elles font le lien avec une scène précédente et en sont simplement la continuité. Je n’aime pas vraiment les comédies musicales où l’on chante à tout bout de champ sans raison, là c’est justement amené et les paroles enrichissent le récit. Les chorégraphies sont signées par Fred Astaire lui-même avec son complice Hermes Pan avec lequel il travaillera sur presque tous ses films et ce fut une collaboration plus que fructueuse. L’histoire de Swing Time se suit tranquillement et agréablement, Fred aime Ginger, qui l’aime mais qui a peur qu’il ne l’aime pas vraiment, ce sera souvent comme cela dans leurs films avec de jolies variantes bien sûr, mais encore une fois, le public savait à quoi il s’attendait en allant voir un film avec eux, il n’y allait ni pour un réalisateur ni pour un scénario, mais certain d’y trouver de fabuleux numéros de danse mêlant la grâce, la vitalité et le charme de Ginger à la distinction et la technique de Fred. Ces artistes s’accordaient à merveille et à l’écran, l’osmose est toujours parfaite. Il faut les voir exécuter leurs numéros en plan séquence et comprendre le génie qui habitait ces deux-là quand ils dansaient ensemble. S’il y a une coupure, un montage dans leur numéro de danse, c’est pour une raison purement technique, un déplacement de caméra et rien d’autre. Le numéro de danse qui conclut Swing Time est vraiment réussi, les deux partenaires dansent au pied d’un escalier, puis peu à peu ils en montent les marches tout en poursuivant leur performance, un mouvement de caméra grue les suit, puis juste avant la fin du numéro, il y a une coupure pour des raisons visiblement techniques. D'après une interview que donna Ginger Rogers, la scène fut compliquée et répétée des dizaines de fois, non pas à cause des danseurs, mais par la faute de problèmes de caméra, de lumière, de son... En attendant, Lucky et Penny (leur nom respectif dans le film) nous enchantent dans un plan séquence de presque trois minutes de danse, ajouter à cela la magnifique chanson d’amour de Fred, Never Gonna Dance, qui débute ce numéro, merveilleux moment d'authentique romantisme et vous obtenez un instant de pur chef-d’œuvre à voir et à revoir. Je ne m'en lasse pas.

 

 

 

 

Dans notre époque folle et troublée par des esprits dérangés, le film fait enrager les progressistes de tout poil pour un numéro de danse durant lequel Fred Astaire est grimé en noir. Les détracteurs obsédés y voient ce qu’on nomme désormais un blackface, selon eux la preuve du racisme de l’époque et de Fred Astaire lui-même. Qu’on aime ou pas les claquettes et je n’en suis pas un grand amateur, le numéro en solo est d’une exceptionnelle qualité technique. Il est décrié sur bien des sites américains, comble de l’ethno-masochisme ambiant. Ces imbéciles oublient totalement que ce numéro de Fred Astaire est simplement un hommage aux danseurs noirs de Harlem, plus particulièrement John W. Bubbles, un danseur noir de talent avec lequel Fred Astaire prit des cours de claquettes dans les années 20. Plus tard en 1978, lors d’un gala sur la danse à Los Angeles le même Bubbles répondit ceci à un journaliste qui lui demandait qui était le meilleur des danseurs « Vous l’avez en face de vous » répondit-il taquin, puis il ajouta «Honnêtement, si je dois nommer le meilleur danseur, ce serait Fred Astaire. Il pouvait faire des claquettes. Il a eu un bon professeur. Mais il pouvait aussi faire de la danse de salon, danser avec une partenaire. De tous, il est le meilleur. ». Cette séquence controversée, appelée Bojangles of Harlem était donc ouvertement un hommage, Bubbles précisant lui-même que Fred l’avait convié à travailler avec lui sur la séquence. C’était aussi une référence à un autre danseur noir très connu à l’époque, Bill Robinson, acteur et danseur de claquettes. Ici Fred danse à la manière de son professeur Bubbles et intègre des éléments propres à Robinson tout en était plus mobile que lui, car Robinson avait une attitude bien plus figée dans le haut du corps pendant ses numéros de claquettes, tandis que la particularité de Fred Astaire était d’être souple et très mobile. Astaire adapte donc ici sa danse pour rendre un hommage.

 

Fred Astaire dansant avec ses ombres. Scène qui me rappelle combien

Michael Jacskon s'est inspiré de Fred Astaire qu'il admirait.

 

 

Ces  polémiques sont stupides, les artistes américains étaient tellement racistes à l’époque que ce même Robinson fut la vedette de nombreux films à succès et qu’il partagea l’affiche avec la petite Shirley Temple, l’enfant star d’Hollywood chanteuse et danseuse, doit-on le préciser, blanche.... Des polémiques qu’il faut à tout prix noyer avant qu’elles ne se propagent comme la peste. Même le New York Times s’est fendu d’un article pour remettre les pendules à l’heure et préciser que le numéro d’Astaire n’a rien de raciste. Mais c’était il y a dix ans, la ligne éditoriale du journal a sans doute subit les assauts répétés de la Cancel Culture depuis…

 

 

Bill Robinson dansant avec la petite Shirley Temple dans Le Petit Colonel 

en 1935.

 

 

Revenons en à des choses plus gracieuses, si je devais avoir un coup de cœur pour une séquence du film, ce serait celle de la scène dans la neige qui débute par un rapprochement physique, Penny (Ginger) essayant vainement de convaincre Lucky (Fred) de la séduire, voire de l’embrasser et se poursuivant par une dispute dans la neige, mais en chanson. Voici un très joli moment de cinéma, bien filmé, bien chanté sans oublier de coller à la caractérisation des personnages à ce moment du film. C'est magique!

 

 

La scène de dispute dans la neige, la bele occasion pour une chanson, A fine romance.

 

 

 

J’ai passé un vrai bon moment avec Swing Time, je ne me souvenais plus de l’intrigue scénaristique, mais cette petite comédie sentimentale se déguste agréablement, les acteurs sont drôles et les second rôles sont bons. J’ai beaucoup apprécié les numéros de danse et les duos de Fred et Ginger sont ceux qui emportent le plus mon adhésion, les revoir danser ensemble me fait comprendre pourquoi le monde du spectacle se pâmait devant eux, il se dégage de leur travail une forte complicité qui débouche sur un incroyable naturel. Nul besoin de dire que tout cela devait représenter des heures de préparation et de répétition avant d’exécuter un numéro en plan séquence.  Revoir Swing Time m’a tout simplement donné envie de redécouvrir les neuf autres films dans lesquels les deux acteurs se sont retrouvés, sans doute en poursuivant par le mythique Top Hat. Ginger et Fred, il n’y a pas à dire, nous emportent dans leurs péripéties amoureuses et au final, en les voyant si merveilleusement danser ensemble, nous n’avons qu’une envie, c’est que les films se terminent toujours bien, par un amour idyllique des deux personnages, même si tout cela n’est que du cinéma.