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Aujourd'hui, le 21 mai 2021 - Le maître allemand de la Renaissance
Quand on aime l’art et le beau, quand nos sens sont exaltés par le génie artistique, on ne compte plus les œuvres et les artistes de tout temps que nous apprécions. Les œuvres antiques grecques et romaines fascinent par leur ancienneté et leur perfection, il faut voir certains marbres antiques du musée du Vatican ou du musée du Capitole à Rome pour comprendre la maîtrise que la civilisation gréco-romaine avait en matière d’esthétique, les noms des maîtres sont souvent perdus, mais heureusement, certaines œuvres sont bien encore là. Bien sûr, à l’autre bout du monde il y a l’Asie l’autre pôle du raffinement et certaines merveilles japonaises, deux mondes, deux rapport à l’esthétique qui nous laissent le choix de les apprécier tout deux ou d’avoir nos préférences. Longtemps après la chute de Rome, la masse imposante et la sobriété de l’art roman habillera ensuite le Moyen-âge, puis la flamboyance de l’art gothique et des cathédrales prendra la suite pour émerveiller le monde et sublimer la foi, enfin La Renaissance italienne redécouvrira le goût pour l’Antiquité. Bien sûr, elle s’est inspirée de ces prédécesseurs pour elle aussi léguer des chefs-d’œuvre en héritage. Nous les connaissons ces maestro italiens, Michel-Ange, Uccello, De Vinci, Botticelli, Brunelleschi et tant d’autres. Un peu plus tard l’Europe suivra le mouvement Renaissance et la France ne sera pas en reste, ne serait-ce que par la magnificence de certains châteaux de la Loire. Mais aujourd’hui, c’est à un artiste du Saint-Empire romain germanique (à un allemand donc) que je souhaite rendre hommage.

Chouette et lièvre - Aquarelle et gouache sur papier - 1502 - Vienne
Il y a 550 ans, à Nuremberg, ville au patrimoine médiéval hors du commun, un petit garçon qui allait devenir l’un des plus grands artistes de son époque, célèbre et fameux de son vivant, peintre pour l’empereur du Saint-Empire et grand voyageur, naissait. Nous étions le 21 mai 1471 et le garçon s'appelait Albrecht Dürer. Je suis sûr que son visage vous dit quelque chose, cet artiste dont le père était hongrois possède la particularité d’avoir laissé de nombreux autoportraits qui nous renseignent fidèlement sur la physionomie de l’artiste. Aussi loin que je m’en souvienne, chaque fois que j’ai vu un autoportrait de Dürer, je me suis dit qu’il m’évoquait un autre personnage célèbre lui aussi, mais fictionnel cette fois, le fameux, redoutable et terrifiant comte Dracula. Bien sûr, il ne ressemble pas forcément au personnage historique Vlad Tepes, non c’est plutôt le vampire littéraire et son alter ego cinématographique que Dürer m’évoque étrangement. L’homme est imposant, déroutant et je trouve qu’il nous fixe la plupart du temps d’une étrange manière…mais passons sur cette digression totalement fantasque qui n’a rien de biographique. Dürer était un artiste de grand talent, l’un de ceux dont on aimerait posséder le don. Il était d’origine modeste et paysanne et a travaillé dur pour perfectionner son talent inné. Une de ses spécialités (parmi tant d’autres car il était un artiste complet), la gravure sur différents supports, nous montre toute l’étendue de son talent dans ce périlleux exercice.


Le rhinocéros - Gravure sur bois -1515 - British Museum
dessiné depuis un croquis anonyme représentant le
premier rhinocéros arrivé en Europe en 1515 depuis
l'Antiquité.
L'ange avec la clef de l'Enfer - Gravure sur cuivre - 1497
Les gravures de Dürer sont tout simplement époustouflantes de réalisme et fourmillent de détails. L’artiste s’est essayé à tous les thèmes, il a gravé des scènes christiques, bibliques, des portraits, de simples animaux, des scènes symboliques et mystiques comme la fameuse gravure Le chevalier, la mort et le diable d’une exceptionnelle qualité et si connue en Allemagne. Bien sûr, l’homme était un fameux peintre, outre ses autoportraits (il nous en reste une douzaine), car il n’était pas que mégalomane, il a essaimé dans toute l’Europe ou presque pour peindre, travailler et enrichir son art : Italie, Hollande, France, Suisse. En 1492, année célèbre s’il en est, car à l’autre bout du monde un autre grand homme rencontrait son destin, Dürer lui, a frôlé la terrible peste lors d’un séjour à Colmar. Ses voyages furent l’occasion de rencontres et de travaux de bien des genres différents. Il nous a laissé également des aquarelles contemplatives et botaniques d’une remarquable qualité, montrant différents paysages, notamment lors de son périple dans les Alpes. Ces œuvres apparaissent très modernes à l’observateur et l’on sent que Dürer avait bien intégré dans son travail les avancées de la Renaissance italienne. C’était aussi un mathématicien et un érudit en anatomie, il s’est même essayé à l’écriture de livres sur le sujet. Dürer était l’artiste complet par excellence, un personnage majeur de son temps.

Vue du val d'Arco - Aquarelle et encre sur papier - 1495 - Musée du Louvre
Ses œuvres sont disséminées un peu partout dans les musées du monde, à Prague, en Espagne, à Berlin, à Vienne, au British Museum à Londres, à New York mais heureusement, également à Paris. Quand nous pourrons à nouveau arpenter les couloirs des musées, pour ceux qui en auraient la possibilité, ne manquez pas un jour l’occasion d’aller voir une œuvre de Dürer, au Louvre par exemple, vous pourrez vous plonger dans son étrange regard, car le musée expose un autoportrait de jeunesse du maître qui n’avait que 22 ans quand il l’a peint. Grand privilège qui nous est offert puisqu’il y en a si peu. Le tableau exposé date de 1493 et s’intitule Portrait de l’artiste tenant un chardon épineux, la plante représentant ici un symbole de la Passion du Christ, il évoque bien sûr la couronne d’épine qui, selon la tradition, coiffait Jésus. Et en y regardant bien, en faisant abstraction du teint clair et des cheveux probablement dorés, notre ami Dürer aurait lui-même représenté un parfait modèle christique pour bien des peintres, il a quelque chose de christique en lui, mais fort heureusement pour l’homme, il eut un vie un plus longue que le Christ, puisqu’il est décédé à 56 ans sans doute d’une crise cardiaque.

Autoportrait - Parchemin sur toile - 1493 - Musée du Louvre
J’ai toujours trouvé les œuvres de Albrecht Dürer époustouflantes, elles possèdent quelque chose d’envoûtant et j’y vois une telle maîtrise technique, un tel génie créatif qu’elles ne peuvent être que fascinantes. Dürer nous a légué une œuvre considérable, on parle d’un corpus de 846 œuvres pour l’artistes, c’est énorme quand on sait que nous ne connaissons par exemple que vingt-deux tableaux attribués avec certitude à Léonard de Vinci. Aujourd’hui, pour le grand public, Dürer n’a pas la popularité d’un Michel-Ange ou d’un Rubens et pourtant il mérite une attention particulière, ses œuvres étaient variées, lui aussi était un touche à tout et il devrait retrouver une bonne place dans la culture populaire qui a tendance à oublier le reste de l’Europe quand il s’agit de penser Renaissance. L’Italie nous a laissé de tels joyaux Renaissance qu’il est bien difficile de s’en détacher et de s’intéresser à autre chose, mais jeter un œil sur les gravures de Dürer, sur ses aquarelles et vous n’en sortirez sans doute qu’admiratif de l’œuvre du grand homme.

Autoportrait - Huile sur bois - Vers 1500 - Munich
