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Aujourd’hui, le 1er juin 2021 - Quand Rouen devint française.

 

Bonjour amis rouennais, je dois l’avouer, cela fait des années que je ne suis pas passé par la ville de Rouen et je n’ose pas imaginer qu’elle n’ait pas changé depuis ma dernière visite fort lointaine. Quoi qu’il en soit, la magnifique cathédrale gothique rendue célèbre par Monet, les vestiges des églises détruites pendant la Seconde Guerre mondiale, la Tour de l'ancien château fort et les superbes maisons médiévales du XIIIe et XIVe siècle sont toujours là comme autant de preuves de l’exceptionnel patrimoine normand à préserver. La richesse historique française est une véritable chance, nous vivons dans un pays où presque chaque ville ancienne possède ses édifices historiques qui rappellent combien nos ancêtres nous ont légué de précieux trésors à visiter et à conserver. Mais hormis si vous êtes rouennais, savez-vous que cette bonne ville de Rouen n’a pas toujours été française ? Retour sur une curieuse histoire qui se passait au tout début du XIIIe siècle, mettez armure et heaume et apprêtez-vous à batailler dans le camp de Rouen ou dans le camp de la couronne de France.

 

 

Rouen au Moyen-âge avec ses remparts.

 

 

La France millénaire s’est construite peu à peu, territoire après territoire, organisant les frontières jusqu’à celles que nous connaissons aujourd’hui et qui sont le fruit du labeur de nos ancêtres. Mais au XIIIe siècle, le royaume de France n’était pas aussi étendu que le pays que nous connaissons aujourd’hui. Sur le trône, le célèbre et brave Philippe Auguste, contemporain du roi Richard cœur de lion (j’en parle ici), son but, étendre les frontières du royaume. Nous sommes en 1204, nous sommes dix ans avant la célèbre bataille de Bouvines menée et gagnée par Philippe Auguste qui signera là un coup de maître, repoussant les limites de la France d’alors et asseyant son pouvoir sur les autres seigneurs féodaux. Mais n’allons pas trop vite, nous sommes en 1204 pour cette chronique et c’est la guerre contre le duché de Normandie allié de la couronne d’Angleterre menée par Jean-sans-Terre. Philippe guerroie partout en France depuis dix ans, il veut repousser les anglais et veut prendre la Normandie et il est bien décidé à guerroyer encore pour l’obtenir. Depuis le début du mois de mai, c’est assaut sur assaut, une guerre de sièges, le roi allant de place forte en place forte pour les reprendre une à une sans grande bataille de plaine. Les sièges de ville se durcissent, le 7 mai c’est Argentan qui tombe aux mains des soldats français, puis Falaise et enfin Caen. Aidé par les bretons, Philippe Auguste reprend même le fameux Mont-Saint-Michel qui fait les frais de la guerre et voit une partie de ses bâtiments disparaître dans le feu. Il reste au roi de France un lieu stratégique à conquérir, la ville de Rouen.

 

Rouen est protégée par un système défensif typique du Moyen-âge, les habitants se terrent derrières remparts et fossés et ils ont des provisions pour tenir un long siège, mais c’est sans compter sur la persévérance de l’armée française et la peur de perdre des avantages commerciaux. En effet, le 1er juin 1204, la ville de Rouen préfère se rendre au roi de France. Les bourgeois de la ville et les barons des alentours voyaient d’un mauvais œil cette sombre perspective de crise financière si le siège durait trop longtemps, pire si les français finissaient par entrer dans la ville par la force, ils redoutaient la vengeance du Roi et une perte d’avantages commerciaux importants. La ville fut donc ouverte aux français ce 1er juin sans combat et sans résistance de la part des habitants de Rouen.   

 

 

 

Voici à quoi ressemblait le château de Rouen, détruit depuis longtemps hélas.

 

 

 

Conscient que la maîtrise de la région se fera aussi par l’administration, Philippe Auguste enverra les siens en Normandie et placera des hommes de confiance aux postes importants, remplaçant ainsi l’ainsi les notables normands. Les anglais avaient été vaincus mais ils n’en resteraient pas là, dix ans plus tard la bataille de Bouvines entérina la possession française de la Normandie, mais tout le XIIIe et le XIVe siècle verra la couronne d’Angleterre tenter de la reprendre, jusqu’à conduire à la Guerre de Cent Ans. Il y aura pourtant une paix de 80 ans avec la signature du traité de Paris en mai 1258 entre le roi Saint-Louis et le roi anglais Henri III avec lequel il était beau-frère. La paix régna alors un temps, mettant fin à ce qui ressemble à une première petite guerre de cent ans entre 1154 et 1258, cela n’empêchera pas nos amis anglais de tenter à nouveau leur chance dans la conquête en 1337, mais cela, c’est une autre histoire qui relancerait les querelles franco-britanniques. Pour aujourd’hui, restons donc sur un instant de paix, car elle ne dure jamais longtemps...

 

 

 

Quelques maisons médiévales à Rouen, près de l'église Saint-Maclou.

 

 

 

 

Tour Jeanne d'Arc à Rouen, c'est le donjon de l'ancien château construit par

Phillipe Auguste. Plus tard, c'est là où fut enfermée Jeanne par les anglais.